Quelle est la différence entre «désir de savoir»  et « désir d’apprendre » ? (Explications)

La démocratisation de l’accès au savoir, à travers les nouvelles technologies de l’information et de la communication, attise la nécessité de montrer la nuance existante  entre   le « désir de savoir » et  le « désir d’apprendre » afin d’éviter l’illusion de l’avènement  d’une société de la connaissance. Certes le savoir est accessible en quelques clics, donc sans même une vraie quête. Mais notre rapport au savoir change. D’où l’importance de comprendre l’implication de ces notions dans les sillons du discours pédagogique.

Desir

Michel Foucault, dans ses Leçons sur la volonté de savoir (1970-1971) au Collège de France, a tenté, dans un premier temps, de saisir la nature du « désir de savoir »  à travers les premières lignes de la Métaphysique d’Aristote. Ce qui résulte de cette leçon, c’est que le désir de savoir est naturel, donc commun à tous les humains. Dans la pensée aristotélicienne, la sensation est le moyen d’accéder à la connaissance et de satisfaire ce désir qui se porte sur le savoir. Le besoin de combler ce manque demeure récurrent, surtout sous l’impulsion de l’étrangeté.  Comme le bébé qui jette un regard fixe à un objet nouveau et multicolore qui brille. La sensation visuelle permet de découvrir cet objet et l’intégrer.

Freud préfère utiliser le terme « pulsion de savoir », sans doute pour rentrer en adéquation avec sa théorie sur la sexualité. Selon lui, l’apparition la plus manifeste de la « pulsion de savoir » (ou désir de savoir) chez l’enfant se fait pour deux raisons : La première, lorsque l’enfant rencontre la différence des sexes et la deuxième, lorsqu’il s’interroge sur l’origine des enfants (Isabel & Laetitia, 2014). Et depuis, il ne cesse de poser d’autres questions un peu plus philosophiques. Il cherche à savoir toujours plus sur quasiment tout ce qu’il voit ou entend. Selon Mélanie Klein, l’attraction irrésistible et le tourment sont les caractéristiques cardinales du désir de savoir.

Aujourd’hui, quasiment tout le monde désire de savoir un peu sur tout. Savoir si le président américain décide de se rendre au congrès ce matin ou si l’eau est accessible dans un petit village situé au Nord de Mali ou encore si Leonel Messi est remis de sa blessure. Et grâce à la technologie, toutes ces informations sont à porter de la main.

En fait, donner une définition succincte et claire du terme « désir de savoir » n’est pas une chose facile. Puisqu’il partage une frontière sémantique très mince avec le « désir d’apprendre ». C’est en arrivant à dessiner les contours de chacun de ces termes qu’on parviendra à saisir la différence.

Pour débuter une intervention sur le plaisir d’apprendre, Philippe Meirieu lit un extrait d’un roman mettant en scène un élève qui refuse catégoriquement un devoir de son enseignant sous prétexte que l’œuvre les poésies de Jules Slowackie ne l’enthousiasme pas du tout. Il voudrait illustrer, à travers cette courte lecture, la fragilité de la relation pédagogique. Cela illustre aussi l’absence du désir d’apprendre. Ce qui indique par-dessus tôt que ce désir n’est pas toujours présent.

Bien qu’apprendre est l’expérience humaine la mieux partagée, mais le désir d’apprendre reste une chose à acquérir à un moment ou à un autre et dans des contextes divers. Prenons l’exemple de l’apprentissage de la lecture. C’est lorsque cette compétence de base devient de plus en plus transversale qu’un nombre croissant de gens manifestent le désir d’apprendre à lire.  Et pour apprendre à lire, cela nécessite trois éléments fondamentaux : temps relativement long, effort personnel, coût (pour les parents ou l’État). Ce qui est valable pour de nombreux apprentissages. C’est donc ce désir qui permettra de maintenir le cap jusqu’à la fin de l’apprentissage.

« Le désir d’apprendre dépend d’un calcul d’intérêt » (Philippe Pierrenaud, 2004). C’est-à-dire, toute volonté d’apprendre nait d’une visée à court ou à long terme. Retour à l’exemple du désir d’apprendre à lire,  pour un enfant qui souhaite devenir un avocat, c’est pour lui un impératif de maitriser cette compétence pour avancer vers d’autres apprentissages favorisant la réalisation de cet objectif.

Plus étonnant encore, le désir d’apprendre se conjugue avec le désir de changer en se construisant. L’enfant qui voulait apprendre à lire pour devenir AVOCAT, l’homme de loi est sa « version augmentée ». Et c’est au fil des apprentissages qu’il évolue et atteint enfin son nouveau « Lui ». Donc il parvient à repousser ses limites.

« Vouloir savoir ne signifie pas vouloir apprendre » (Philippe Meirieu) puisque le désir de savoir peut exister sans le désir d’apprendre.  La surface de la volonté d’apprendre est beaucoup  plus étendue que celle du désir de savoir. Raison : le désir d’apprendre suscite l’envie de comprendre et de maitriser alors que désir de savoir  s’arrête par le contact avec l’objet à connaitre. À l’école, le désir d’apprendre chez l’élève est très important dans la relation pédagogique (SAVOIR-ENSEIGNANT-ELÈVE) et rend la réussite scolaire beaucoup plus poreuse.

Jean Rico PAUL, Psychologue de Formation

Le combat des neurosciences contre le mystère du cerveau

Aborder le Cerveau et la Cognition n’est pas du tout une démarche aisée. Un tel exercice exige la mobilisation de certaines connaissances scientifiques de plusieurs disciplines, qui sont à l’origine très différents les uns des autres. S’aventurer dans la compréhension ou l’explication de ces deux (2) concepts à la fois si différent et si similaire l’un de l’autre passe par un voyage plus ou moins fluide entre deux (2) grandes catégories de science : Sciences Humaines et Sociales et Sciences  Naturelles. Et à force de les étudier conjointement, la nécessité d’une neuroscience cognitive s’impose aux scientifiques s’intéressant aux terminologies. À partir de cela, l’interdisciplinarité prend tout son sens dans les pratiques scientifiques. C’est bien dans cette dynamique que des sciences comme la psychologie, l’anthropologie, la linguistique, la sociologie, la neurologie, l’éthologie, la génétique et la neuro-imagerie  se mêlent pour permettre aux neurosciences cognitives d’avoir une vision quasi-panoramique des concepts que nous cherchons à appréhender.

Qu’est-ce que les neurosciences cognitives ?

Avant d’aller plus loin dans la compréhension du lien cerveau-cognition, jetons un coup d’œil sur la discipline maitresse ayant comme objet d’étude la cognition et ses substrats cérébraux.  Un domaine de recherche relativement récent et c’est vers la fin des années 1970 que le terme « Neuroscience Cognitive » a été par Michael Gazzaniga et George Miller (S. THORPE ; M. FARBE-THORPE). Et depuis, elle ne cesse de se développement. Les neurosciences cognitives  peuvent donc être définies comme l’ « ensemble des disciplines qui ont pour objet d’établir la nature des relations entre la cognition et le Cerveau » (Tiberghien, 2002).

Pour mieux appréhender les deux termes centraux, cherchons donc à les définir de manière la plus consensuelle possible. Juste avant, faut-il vous rappeler parmi les processus mentaux (on parle aussi de « fonctions mentales »), on en distingue deux grandes catégories : les processus affectifs et les processus cognitifs. Dans le cadre de ce travail, nous insistons uniquement sur les fonctions mentales supérieures, communément appelées cognition.

Alors c’est quoi la Cognition ?

Langage, compréhension, l’apprentissage, mémoire, perception, intuition, raisonnement, etc. constituent ce qu’on appelle la cognition. Etymologiquement, le terme vient du mot latin « cognitio » qui signifie «connaissance ; action d’apprendre ».Ainsi, elle se définit comme « l’ensemble des processus mentaux relatifs à la connaissance tels que la perception, la mémorisation, raisonnement, la résolution de problèmes et les processus de la pensée au repos » (psychomedia.qc.ca). Elle est un concept qui se confond parfois avec l’intelligence, mais celle-ci fait, en quelque sorte, partie de l’intelligence. Dans la mesure où on considère l’intelligence comme une faculté.

Le cerveau

Considéré comme le siège de l’esprit, le cerveau est sans conteste l’organe le plus noble du corps humain. Il est la partie du corps humain responsable de la perception et l’interprétation du monde extérieur. Et plus de 100 milliards sont en œuvre pour traiter toutes les informations venant de l’environnement  et aussi placer des commandes pour la survenue de toutes activités motrices. Constituer de plusieurs circuits spécialisés dans des fonctions cérébrales différentes. Certains nous permettent, par exemple, de percevoir le film sur l’écran de la Télé ; d’autres s’occupent à nous rendre amoureux tout simplement. Si l’on considère la cartographie du cerveau, chaque région ou petite surface détient une responsabilité pour le bon fonctionnement de l’humain. Jusqu’à aujourd’hui, le support biologique de l’esprit ne finit pas d’étonner les recherches   par sa mystérieuse organisation et surtout par les zones restées inexplorées.

Le cerveau peut être aussi compris à partir des couleurs. Puisqu’il est constitué de cellules particulières, les neurones, il fait apparaitre une nuance bicolore qui exprime deux réalités cérébrales différentes. Prenons d’abord cette fameuse « matière grise » dont tout le monde fait référence, elle est remarquée surtout dans le cortex puisque celui-ci contient principalement du corps cellulaire, l’une des trois (3) parties d’un neurone. La substance blanche, quant à elle, formée d’une agglomération d’axones chargée de connecter les aires corticales entre elles. D’où le fonctionnement unitaire du cerveau, sinon on aurait besoin tout le temps d’ouvrir la boite crânienne afin de lier certaines zones cérébrales les unes aux autres. 

Tout compte fait, nous sommes dans deux univers différents mais étroitement liés. Cette liaison se matérialise dans l’approche qui consiste à localiser les  aires cérébrales correspondant aux facultés. Comme l’Aire de Broca qui est responsable de la production de la parole ou encore les réseaux neuronaux du cortex visuels qui sont attribués à plusieurs compétences, telles que la reconnaissance de forme  ou perception visuel. Ce qui permet de dire que les aires cérébrales ou les réseaux neuronaux assurent des fonctions différentes pouvant facilités le fonctionnement de l’individu. Voila tout le mystère que les neurosciences cherchent à percer en profondeur.

Jean Paul Rico