Les composantes fondamentales de la pédagogie coopérative

L’apprentissage coopératif ouvre la voie à une interaction directe entre l’enseignant et les élèves, et les élèves entre eux,  en formant une communauté où l’apprentissage constitue le ciment. Ce qui fait que « l’éducateur n’est plus celui qui simplement éduque, mais celui qui, en même temps qu’il éduque, est éduqué dans le dialogue avec les élèves » (Paulo Freire). C’est en quelque sorte une mise à plat du triangle pédagogique de Jean Houssaye qui laisse émerger l’apprentissage horizontal, c’est-a-dire d’apprenant a apprenant. Mais pour parvenir à mettre en œuvre cette méthode d’enseignement, il est crucial de bien comprendre ses comhposantes fondamentales.

« La coopération ne se résume pas dans un travail collectif mais s’étend jusqu’à la réalisation d’un objectif commun au détriment des besoins personnels et des réalisations individuelles. »

Hellen Block Lewis

Climat propice à la coopération

Favoriser le « faire ensemble », le « vivre ensemble » et l’« apprendre ensemble » dans une classe demande plus qu’une planification. Cela nécessite la mise en pratique de certaines valeurs. Alors, pour cela, Jim Howden a identifié huit (8) valeurs : respect, entraide, engagement, ouvertures aux autres, droit a la différence et la solidarité. Selon lui, ces valeurs sont centrales dans le cadre de la pédagogie coopérative et, du même coup, favorisent l’apprentissage.

Le regroupement des apprenants

Dans un entretien avec Michel Briand, Philippe Meirieu a expliqué la nécessité de donner aux élèves un travail individuel  ou de vérifier leurs pré-requis juste avant un travail de groupe. Ainsi, chaque élève apportera sa contribution dans le groupe, aussi minime soit-elle. Ce qui fera progresser toute la classe.

          En ce qui concerne la formation des groupes, elle  peut se faire de différentes manières : de façon aléatoire ou de façon préalablement structurée. Généralement, les groupes sont hétérogènes et se composent de 3 à 5 apprenants. 

L’interdépendance positive

Toujours dans ce même entretien, Philippe Meirieu a mis l’accent sur la première forme de coopération, l’entraide. Cette dernière constitue la pierre angulaire de ce modèle d’approche pédagogique. C’est sur la base de cette logique qu’effectuent des échanges de savoir, de ressource et aussi de question. Donc, dans cette interdépendance, chacun a une certaine responsabilité à assumer face au groupe. Dans cet ordre d’idée, l’intérêt du groupe prime sur tout. Cette responsabilité se manifeste dans l’engagement de chacun à l’égard du projet d’apprentissage de la classe.

Les compétences sociales et cognitives

Pour coopérer en classe, des compétences sociales et cognitives (l’écoute, la communication, l’aide, l’encouragement, capacité à verbaliser, jugement, etc.) sont nécessaires. En effet, lors d’un travail en groupe, chacun doit exprimer ses connaissances ensuite écouter celles des autres. En coopérant, ces compétences vont être graduellement développées. C’est-à-dire l’interaction qui  se fait dans la pédagogie coopérative, renforce les compétences nécessaires pour l’amorcer. Du même coup, « l’apprentissage  coopératif contribuerait au développement des habiletés relationnelles et à l’établissement de relations interpersonnelles positives » (Lavergne,1996).

La réflexion et l’évaluation

Cette composante offre  à la classe (élèves et l’enseignant)  l’occasion de jeter un regard critique sur ce qui a été fait durant la séance. Ainsi, cette expérience servira à déceler les failles  et les corriger lors des séances à venir. C’est aussi le moment où l’enseignant interviendra  pour clarifier ou remédier certains éléments relatifs au contenu ou a la forme de la séance. En plus d’une réflexion portée sur la séance, une autoévaluation doit se faire pour que chacun puisse contrôler son propre apprentissage.

Le rôle de l’enseignant

L’enseignant occupe une place centrale dans la mise en place de ces composantes précitées. Il doit concentrer tous ses efforts en vue de faire émerger un reflexe communautaire au sein de la classe. Il est à la fois un observateur, un consultant et aussi un facilitateur. Et tout au long du projet, il doit s’engager à motiver (motivation intrinsèque et extrinsèque) les élèves dans les réalisations de leurs travaux. En ce sens, ils apprendront à avoir de la persévérance dans la réalisation d’une tache.  

En fait, ces composantes que nous venons d’introduire sont à la fois des conditions nécessaires à la pratique de l’apprentissage coopératif et servent aussi de finalités à la coopération. C’est bien pour cette raison que l’introduction de la pédagogie coopérative dans une classe nécessite tout un processus. Alors l’enseignant souhaitant l’appliquer dans sa classe doit le faire à petites doses afin d’éviter toutes sortes de dérive.

Jean Rico PAUL

Psychologue de formation

Sources

DeBlois, L., & Turcotte, B. (2019). Le developpement des habiletes sociales comme support aux apprentissages cognitifs. Education et fracophonie , pp. 11-34.

Gamble, J. (2002). Pour une pédagogie de la coopération. Education et francophonie , pp. 188-219.

Lavergne, N. (1996). L’apprentissage coopératif. Québec francais , pp. 26-29.

Meirieu, P. (2019, février 22). Un itinéraire dans et pour la coopération. (M. Briand, Intervieweur)

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