Les disparités scolaires s’accentuent en Haïti

D’aucuns savent qu’il existe une disparité scolaire entre les écoles publiques, les écoles privées et les écoles congréganistes. Cette disparité réside dans leurs enseignements et aussi dans leurs fonctionnements. Aujourd’hui encore, ce phénomène ne cesse de s’aggraver à cause des contraintes générées par le nouveau coronavirus. Cette nouvelle situation dans laquelle nous vivons occasionne ses propres disparités.

Disparité dans l’enseignement à distance
À la surprise de tout le monde, une plateforme d’enseignement (http://pratic.menfp.gouv.ht) a été mise en place, en mai dernier, en vue de faciliter la continuité des apprentissages des élèves. Parallèlement, le gouvernement avait annoncé que la radio et la télévision nationale ainsi que d’autres médias privés de l’audiovisuel allaient diffuser des cours. À l’heure actuelle, Il est difficile savoir si les cours ont été diffusés comme prévu à travers les radios et télévisions puisque le black-out est à son comble dans les principales villes du pays. Par contre, le site internet de la plateforme fonctionne ! Mais très peu de contenus y ont été ajoutés. En plus, le gouvernement n’a [encore] pas donné des détails sur cette expérience. A priori, beaucoup d’élèves n’ont pas pu profiter cet outil d’apprentissage pour des raisons diverses.


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https://educopluriel.com/2020/04/17/voila-pourquoi-lenseignement-a-distance-en-haiti-reste-jusqua-present-une-illusion/


Des écoles ont mis en place des stratégies leur permettant d’envoyer régulièrement des devoirs aux élèves avec vidéos et/ou audios pour les explications. Elles utilisent surtout WhatsApp, et Google Classroom pour la diffusion de ces contenus aux élèves ou parents. D’autres n’ont pas pu faire l’usage de ces applications par manque de moyens des élèves, elles ont donc opté pour la photocopie des documents à envoyer aux élèves. Cependant, beaucoup d’autres écoles n’ont rien tenté, surtout les écoles publiques.

Disparité liée au personnel enseignant
Le 6 juillet dernier, le ministre l’éducation nationale et de la formation professionnelle, Pierre Josué Agenor Cadet, a fait des annonces relatives à la reprise des activités scolaires. Quelques jours plus tard, la presse haïtienne a recensé des menaces de grèves des enseignants en raison des arriérés salaires, des mauvaises conditions de travail et l’épineuse affaire de nomination des enseignants contractuels. À ne pas oublier que ces problèmes persistent depuis plusieurs années. Mais les dirigeants préfèrent utiliser des artifices et des produits anesthésiants pour calmer la douleur provoquée par la plaie, au lieu de la soigner convenablement. Même les crises politique (peyi lòk) et sanitaire (Covid-19) ne parviennent pas à donner l’impulsion aux décideurs d’aborder les questions de fond qui gangrènent notre système éducatif. Alors que plusieurs directeurs et directrices d’école privée, dans des reportages dans la presse, affirment qu’ils sont prêts pour la reprise. Ils craignent seulement d’éventuelles perturbations politiques.

Disparité liée à la reprise des activités scolaires
À rappeler que cette reprise concerne uniquement les écoles qui n’ont pas eu la chance de mettre en place des stratégies d’enseignement à distance. Les autres écoles ont donc déjà bouclé l’année scolaire 2019-2020. Il suffit qu’elles planifient des cours supplémentaires pour les élèves de la 9ᵉ A.F. et Terminale. Pas de chance pour les autres qui ont passé plus de 16 semaines à la maison loin des cahiers et manuels scolaires. Ce lundi 10 août 2020, ils vont devoir rouvrir ces matériels didactiques. Ces deux groupes évoqués n’ont pas la même chance de réussir aux examens officiels du 12 au 22 octobre prochain. Pour les autres, le retour en classe est prévu pour le 17 août.
Selon le protocole sanitaire adopté par le MENFP pour cette reprise, chaque élève devra mettre un masque et laver ses mains plusieurs fois durant la journée au sein de l’école. Et le respect de la distanciation physique est de rigueur, même dans les salles de classe. Rien n’est dit pour le transport des élèves. Cependant le risque de contracter le virus est encore plus grand dans les transports en commun. Et pour les classes pléthoriques, le ministre Cadet recommande une rotation dans le fonctionnement des écoles concernées puisqu’il faut respecter au moins 1 mètre de distance. Une mesure dont sa mise en œuvre demande une augmentation du personnel enseignant des écoles et des moyens économiques supplémentaires. Il est à constater que les écoles qui ne sont pas concernées par cette reprise, n’auront pas à subir, pour l’instant, ces casse-tête. Elles feront leur rentrée pour l’année scolaire 2020-2021 en septembre prochain. D’autres disparités suivront

Face à constat, une question mérite d’être posée : jusqu’où va cette disparité scolaire ? La réponse paraît évidente, mais pas tout à fait. Dans moins d’un mois, les élèves qui étaient dans la même classe au début de l’année scolaire en cours verront que les uns passeront en classe supérieure pendant que les autres se débattront encore pour y accéder. Cet écart créé de manière arbitraire entre les élèves peut générer des frustrations énormes et même constituer un facteur démotivant pour certains d’entre eux. Qui pis est, les éventuels mouvements sociaux dans le pays risquent non seulement de maintenir cet écart, mais aussi l’aggraver encore plus. Croisons les doigts pour que cela n’arrive pas !

Certes la crise sanitaire a pris tout le monde de court. Et pendant un certain temps, quasiment tout était sur pause, y compris le fonctionnement de nos écoles. Mais, dans ces moments difficiles, il faut s’adapter rapidement pour ne pas perdre les pédales. C’est d’ailleurs ce qu’ont fait certaines écoles du pays. Elles avaient suffisamment de moyens pour face à la crise. Malheureusement, tous élèves n’ont pas eu la chance d’être scolarisés dans de pareilles écoles. Conséquence : les disparités scolaires continue à s’accentuer dans le pays.

Jean Rico Paul

3 choses essentielles à savoir sur l’évaluation à l’école

« Lois d’existence scolaire.

-Élève : j’existe car je suis évalué.

-Enseignant : j’existe car j’évalue.

-Directeur d’école : J’existe car j’ordonne d’évaluer.

– Ministère de l’Éducation : Rien n’existe hormis l’évaluation. »

De l’éducation, Pamphlet 1 d’Ernest Abbé

Dans la quasi-totalité des systèmes scolaires à travers le monde, dans le processus d’apprentissage, l’évaluation constitue la troisième étape du continuum pédagogique (Enseignement-Apprentissage-Évaluation).  Il est difficile d’envisager un enseignement  dans le contexte scolaire sans une évaluation. Souvent, on perçoit cette dernière comme un rituel pour aboutir à l’acte d’enseigner. Ce qui fait qu’elle est souvent pratiquée à l’école. Quant à sa définition, elle fluctue suivant la fonction qu’elle remplie. De manière générale, l’évaluation permet à l’enseignant de mesurer les acquis des élèves et d’apporter des réponses pédagogiques adaptées  à ses besoins particuliers. D’où l’importance de souligner ces trois (3) choses essentielles  à savoir sur l’évaluation.

  1. Pluralité d’évaluation

Trop souvent, nous  réduisons le terme évaluation à un seul type – Évaluation sommative –   qui a pour objectif de faire un bilan des compétences et connaissances à la suite d’un enseignement. Pourtant, il en existe plusieurs. Dans la logique de l’évaluation au service de l’apprentissage, une évaluation diagnostique débute l’enseignement dans le but de sonder les pré-requis des élèves par rapport au cours et/ou à certains contenus du cours. Celle-ci sera complétée par une évaluation formative pratiquée de manière continue afin d’ajuster son enseignement pour mieux répondre aux besoins de l’élève. Et enfin, une évaluation sommative s’impose pour vérifier si les objectifs fixés au départ ont été atteints.

  1. L’évaluation va au-delà d’une stratégie de mesure

Il est évident que toute évaluation sert à mesurer. Mais sa finalité va encore plus loin. Évaluer contribue aussi à former l’élève, surtout dans une évaluation formative consistant à améliorer l’apprentissage de l’apprenant en essayant de dépister ses difficultés et y répondre adéquatement. Plus important encore, l’évaluation permet à l’élève d’apprendre de ses propres erreurs. Et surtout, elle doit entrer en adéquation avec les objectifs déjà fixés au début du cours. Dans l’alignement pédagogique, les stratégies d’évaluation doivent rimer avec les activités pédagogiques et  les objectifs d’apprentissage. Donc, l’évaluation dans le contexte scolaire ne s’improvise pas. Elle doit être le résultat de tout un cheminement dans l’action pédagogique.  

  1. L’évaluation, un instrument de communication

« L’évaluation sert à produire de l’information éclairante pour prendre des décisions »

Francoise Campanale (2000)

Peu nombreux sont ceux qui perçoivent les évaluations comme un instrument de communication. Elle donne un aperçu des connaissances apprises par l’apprenant. Et ces descriptions, souvent consignés dans un bulletin, permettent de transmettre aux parents voire à d’autres établissements scolaires le niveau de progression de l’élève. À travers ces résultats, les parents peuvent entrevoir les progrès ou encore les difficultés de leur progéniture. C’est aussi une mine d’informations pour l’enseignant qui souhaite s’améliorer au fil du temps. Dans le sens qu’il peut faire une analyse des items auxquels percutent beaucoup d’élèves, puis viendra le moment de se remettre en question, revoir son cahier d’activités et enfin essayer de comprendre ce qui n’a pas fonctionné. 

L’évaluation est incontestablement un instrument de mesure des acquis des élèves mais elle n’est pas réduite uniquement à cette fonction. Elle a  aussi une fonction certificative (échec ou réussite), une fonction formative (pour améliorer les apprentissages) et une fonction d’orientation (pour préparer une nouvelle action). Une manière de dire qu’elle mérite d’être exploitée dans toute son étendue dans l’intérêt des apprenants. 

Jean Rico PAUL

Sources

1. Les dossiers pédagogiques de l’académie de Nantes (Novembre 2014), « Évaluer pour faire réussir les élèves », Académie de Nantes.
2. Rey, O., & Feyfant, A. (2014), « Évaluer pour (mieux) faire apprendre », Institut Français de l’Education, No. 94.
3. Musial,M., Pradère, F., & Tricot, A.(2012).Comment concevoir un enseignement ? Bruxelles : De Boeck.